Auteur: Max-Emilien Robichaud, DTM
Vous êtes-vous déjà arrêté à observer le nombre d’hésitations inondant les conversations, les discours d’autrui et que dire des nôtres? Sommes-nous conscients de leur existence, de leur importance, de leurs conséquences désastreuses et surtout du comment de nous en débarrasser?
Cet article aborde cette question sous quatre aspects :
- Quoi
- Qui
- Conséquences des hésitations pernicieuses
- Quelques trucs et astuces pour épurer nos discours
Le quoi
Les nombreux euh… alors… donc… de nos discours font partie de ce que Gaëlle Ferre (2003, 2004) appelle les pauses. À cet égard et selon elle, les orateurs font trois types de pauses durant leurs discours, chacune avec un temps moyen, selon le débit de chacun (voir son cas d’étude du Président français François Hollande). Il y a les pauses :
- Démarcatives (58% des pauses) pour séparer deux idées, deux thèmes, deux cas ou deux exemples (temps moyen de 532 mm de secondes);
- De focalisation ou d’accentuation (19% des pauses) pour mettre l’emphase sur un mot, une expression (temps moyen de 345 mm de secondes);
- D’hésitation (18% des pauses) soit des pauses involontaires, qui sont vides et le plus souvent avec un son ou un tic (temps moyen de 345 mm de secondes). Ici au Québec, on utilise : euh, alors, donc, pis. Quant à Jean Claude Martin (2005), il parle plutôt de tics verbaux comme : je dirais, je voudrais. Enfin, Billy Hollis identifie les cinq plus importants tics verbaux en anglais soit : you know, like, right, frankly, literally. Ce sont là les pernicieuses, les fâcheuses, les injurieuses dont on voudrait bien se débarrasser. Mais quelle en serait l’importance, la fréquence?
On estime qu’avec un débit moyen, soit la vitesse d’élocution de 120-220 mots/minute, on effectue de 5-10 hésitations/minute, alors que le cerveau peut traiter 800 mots/minute, selon Jean Claude Martin (2005).
Par ailleurs, le débit varie beaucoup et devient affaire de culture. Voici quelques exemples de ces différences culturelles selon les pays :
É.-U. : débit rapide et dynamique; France : débit plus lent et articulé; Japon : débit encore plus lent.
Quant aux pauses elles varient aussi beaucoup soit :
Pauses moyennes des Américains et Britanniques : 7,4 secondes, sauf bien sûr Churchill avec ses pauses théâtrales; Japonais : entre 5,15 à 8,5 secondes (Ann Karph, 2005).
Sermon ou adresse présidentielle : 100 mots/minute. Dr Luther King dans son discours « I have a dream” : débute à 92 mots/minute et termine avec 145 mots/minute.
- Entrevue : 180 mots/minute
- Débat : 200 – 250 mots/minute
Le qui
Je me suis amusé à comptabiliser les fameuses hésitations de 20 personnalités publiques et j’ai établi le palmarès suivant.
- Médaille d’or: 0-4 hésitations/minute
John F Kennedy et Richard Nixon lors de leur débat mémorable de 1960 (0), Jean-Marc Chaput (0), Thomas Mulcair (0), Philippe Couillard (0), Présidents français Emmanuel Macron (0-1) et Nicholas Sarkosy (0-1), Bill et Hilary Clinton (0-2), Joe Biden (0), Sénateur américain Ted Cruz (0), Politicien français Jean-Luc Melanchon (0), Donald Trump (0), Premier ministre français Jean Castex (0). Notons une caractéristique importante ici soit une excellente prononciation et une bonne articulation.
- Médaille d’argent: 5-6 hésitations/minute
Barak Obama (5-6), Candidat présidentiel français François Fillon (3-6), Premier ministre François Legault (5-6)
- Prix citron: 7 et plus hésitations/minute
Mairesse de Paris Anne Hidalgo (5-7), Chef cuisinier Ricardo (7-20) et Justin Trudeau (7 – 10) surtout en français bien évidemment, car il maîtrise mieux la langue anglaise.
Les conséquences
Nos hésitations ne sont pas sans conséquence sur nos auditeurs. Évidemment, plus on les observe, plus elles deviennent conséquentielles et négatives et écorchent même nos oreilles de Toastmasters. J’ai été souvent abasourdi de les compter si nombreuse de la bouche de supposés spécialistes de la parole notamment des acteurs surtout en mode ad lib. Faites-en l’expérience vous-même et vous m’en direz tant. Et que dire de nous les Toastmasters émérites. Je fais souvent l’exercice de les compter lors de mes visites de clubs. Vous seriez étonnés de leur nombre, sauf exception, surtout en improvisation. Elles deviennent objet de :
- Distractions : Quelques hésitations peuvent passer inaperçues. En revanche, une avalanche de celles-ci devient outrance et va distraire bien des auditeurs du message principal du présentateur.
- Agacement: À un autre niveau, pour les plus attentifs et conscients du phénomène, trop d’hésitations vont désenchanter et même agacer plusieurs des auditeurs.
- Décrochage: Pour les plus puristes, les hésitations vont faire en sorte que certains auditeurs vont tout simplement décrocher du discours jusqu’au suivant moins troué de euh… alors… donc…
Plusieurs clubs en font le compte avec le rôle de compteur d’hésitations. Faire le total des euh… alors… donc… donne une certaine idée de leur prépondérance. Par ailleurs, l’idéal serait peut-être de faire un compte individuel à la minute près. En effet, 10 hésitations en 20 minutes d’animation n’ont pas le même poids que 10 autres en 2,5 minutes d’improvisation.
Quelques trucs et astuces pour épurer nos discours
Voici des trucs et astuces pour éviter les hésitations et prononcer des discours plus FLUIDES :
- Favoriser une bonne détente, une bonne respiration et surtout un bon départ après quelques secondes de silence et un bon contact avec l’auditoire
- Lire le texte ou une partie, lorsqu’approprié en respectant la ponctuation
- Utiliser une gestuelle ample et généreuse pour bien ponctuer le propos et éviter les hésitations
- Insister sur la dernière syllabe du dernier mot de chaque phrase
- Déclamer son discours plus lentement pour éviter de chuter
- Énoncer son propos clairement en articulant chaque syllabe, chaque mot
- S’exercer, s’exercer et s’exercer, c’est-à-dire répéter son discours jusqu’à sa bonne maîtrise
Conclusion
Le 21 janvier 2009, Caroline Kennedy retire sa candidature pour le poste tant convoité de Sénatrice de l’État de New York. Ses innombrables hésitations lors de son discours de candidature avaient fait la une de plusieurs journaux et magazines américains tel que rapporté notamment par Carmine Gallo en 2010. Du jamais vu, du jamais observé, du jamais fait… tellement que tous les observateurs allaient dans ce même sens, ce même dénouement. Comme quoi on peut hésiter sans trop de conséquences avant d’annoncer sa candidature officielle, mais trop hésiter lors de son discours comme candidat officiel peut être fatal au final. Le sort en a été jeté pour Caroline et peut-être qu’Obama a bien voulu lui accorder un prix de consolation en la faisant ambassadrice américaine au Japon le 13 octobre 2013.
Je vous invite à exploiter le rôle de compteur d’hésitations lors de vos réunions de club afin de promouvoir la fluidité des discours.
Références :
- Marion Bechet et autres, Le silence politique, 2012
- Carmine Gallo, The Presentation – Secrets of Steve Jobs. How to be Insanely Great in Front of Any Audience, McGray Hill, c2010, 28p.
- Gaëlle Ferre, le cas François Hollande, 2014
- Gros Jean, Deschamps, 1975
- Billy Hollis, Top five tics that are annoying us as Hell.
- Ann Karph, The Human Voice: The story of a Remarkable Talent, Bloomsbury Publishing PLC, 2007, 416p.
- Jean Claude Martin, Guide de la communication, Marabout, c2005, 350p.
- Rosario Rignorello, La voix charismatique, aspects psychologiques et caractéristiques acoustiques, 2014.
- Richard Thibault, Osez parler en public, Édition Multi Mondes, 2006,274p.
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